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Reconstruction de l'Université

« Mademoiselle Dupasquier »

De Madeleine Dupasquier, bibliothécaire à la Bibliothèque de l’Université de Caen depuis 1940 sous la responsabilité de Claude Vacher de Lapouge suspendu en 1944, puis elle-même responsable à partir de 1944, on connaît peu de chose. Celle-ci apparaît à travers les récits de son action après l’anéantissement de la ville, de l’université et de la bibliothèque dans la nuit du 7 juillet 1944 et dans quelques témoignages.

« Les évènements de 1944 avaient soudain placé une jeune bibliothécaire-adjointe en face de graves responsabilités. La manière dont elle s’est muée instantanément en Chef de service de haut vol a fait de la Bibliothèque universitaire de Caen la Bibliothèque-pilote dans la mutation d’un monde nouveau. »

(source: Lettre d’André Masson à Mademoiselle Dupasquier en réponse à une lettre de celle-ci.. Cette lettre a été communiquée à Mademoiselle de Suin, Bibliothécaire de la Bibliothèque universitaire par la sœur de Mademoiselle Dupasquier)

« Isolée de Caen au dernier Week End qui coïncide avec le débarquement, mon retour date de la mi août, dès que je pus obtenir un permis de circuler et que l’hôpital provisoire ou nous avons soigné les premiers blessés à Bayeux, fut fermé » (source: Madeleine Dupasquier. - Dossier adressé le 29 février 1956 à l’Inspecteur général (André) Masson par le Conservateur de la Bibliothèque universitaire de Caen)

« Mais les résultats obtenus à la Bibliothèque universitaire de Caen ne l’auraient pas étés si la bibliothécaire, promue par les circonstances de guerre à un rôle exceptionnellement difficile, n’avait fait preuve d’un sens de l’organisation tout à fait remarquable, aussi bien pour tirer parti au début de ressources précaires, que pour gérer par la suite des fonds considérables. D’abord requise comme infirmière à Bayeux, lors du débarquement, c’est à la mi-août 1944 que Mlle Dupasquier put rejoindre son poste.
Sur l’emplacement de l’ancienne bibliothèque, elle ne trouve que des ruines. Pas un livre, pas une fiche, pas une pièce d’archives ».

(source: André Masson, Inspecteur général des bibliothèques de France. - .La résurrection de la bibliothèque universitaire de Caen, Bulletin des bibliothèques de France n°6 Juin 1956 p. 415-419)

« Madeleine Dupasquier, alors bibliothécaire adjointe, devint bibliothécaire en chef le 17 avril 1946. C’est elle qui fut appelée à faire renaître notre Bibliothèque. Tous ceux qui l’on connue ne peuvent l’oublier. Il a fallu qu’elle possédât des qualités vraiment exceptionnelles pour venir à bout des difficultés qui l’étaient tout autant.
Elle sut faire preuve d’un sens de l’organisation tout à fait remarquable, réussissant à tirer le meilleur parti de ressources extrêmement précaires, et, plus tard à gérer des fonds considérables.
C’était une personne de caractère qui savait imposer ses idées à ceux qui ne les partageaient pas de prime abord. Et cela, sans éclat, par une persuasion tenace.
Blonde, toujours souriante, très élégamment vêtue, un éternel châle jeté négligemment sur les épaules lorsqu’elle circulait à l’intérieur des bâtiments et qui était remplacé par une cape noire lorsqu’elle devait sortir, c’était une grande dame. C’était comme l’appelaient tous ceux qui travaillaient avec elle, « Mademoiselle ».
Requise comme infirmière à Bayeux juste après la Libération, elle ne revint à Caen qu’à la mi-août 1944 pour rejoindre son poste, mais, comme elle le disait, un poste où il n’y avait plus rien. Plus un livre ! Plus une fiche ! Plus une pièce d’archives ! »

(source: Jean Collin – André Heintz : La vie quotidienne des étudiants à Caen de 1939 à 1955 ; préf. de Jean-Marie Girault. Caen : Presses universitaires de Caen, 1944 - Fonds normand : N RB II j 502385)

« Puis vers Caen. Pauvre Caen. Je savais que l’université avait été détruite, et je me suis mis en contact avec la bibliothécaire, Mademoiselle Dupasquier, toujours en pleine forme, et qui était à l’époque une jeune blonde ravissante, et elle nous invita à prendre le thé. Je lui demandai combien de volumes avaient survécu dans les ruines de la bibliothèque, et elle répondit « un seul. » Sur ce, je proposai de lui envoyer tous les doubles de ma collection Voltaire ; ce fut le début de la collection de livres rares de la nouvelle bibliothèque. Voilà tout ce que j’avais prévu de faire, mais comme une mauvaise herbe le projet poussait, et je me suis découvert une nouvelle passion de collectionneur de livres français rares chez les libraires d’occasion - on n’appréciait guère ce genre de livre à l’époque, mais les choses ont bien changé depuis – et je me mis à lui envoyer des paquets. Cela allait produire un résultat dont je n’avais jamais rêvé. »
(source: Desmond Flower. – Felows in follscap : memoirs of a publisher. London : Robert Hale, 1991. – B.U. BCEP : 181694 (Traduction Andrew Ives) )
 
 

La reconstruction

L’Université aurait pu revivre dans les bâtiments de l’Abbaye aux Hommes ou près de la Prairie, entre le stade Hélitas et le Bon Sauveur (c’était le vœu du maire Yves Guillou). Mais c'est au nord du château que travaille Henry Bernard. Ce dernier est premier grand prix de Rome, architecte de la Maison de la Radio à Paris et de l'église Saint Julien à Caen mais aussi élève de Paul Bigot, auteur de la maquette du plan de Rome. Assisté de l'architecte Edouard Hur, il crée une université délibérément monumentale, selon ses propres termes :

« Voilà donc une réalisation gigantesque, monumentale… »




Henry Bernard conçoit la Bibliothèque comme une « sorte de donjon en longueur », percé de multiples petites fenêtres qui tamisent la lumière pour protéger papiers et reliures : soit 8 niveaux de magasins à livres d’une capacité de 40 kilomètres de rayonnage pour 1 200 000 volumes.

Autour du « donjon », s’ articule une salle de lecture de 170 places, vaste et lumineuse grâce à sa paroi Est entièrement vitrée, au-dessous de la Salle des Périodiques.

Vaste chantier dont les étudiants ne se privent pas de brocarder l’apparente lenteur !

« Si vous espérez vivre entre ces beaux murs
Prenez votre temps.
Si vous comptez être au nombre des étudiants de cette Université modèle
Ne mettez pas les bouchées doubles
FAITES COMME LA RECONSTRUCTION ! »

(source: Journal étudiant « Le Can-Can », 1952)

Enfin en 1954, (10ème anniversaire du sinistre), les quelques 300 000 volumes et 1 150 périodiques (reçus ou acquis en l’espace de 10 ans seulement !) , convoyés par les camions de l’armée de l’air basée à Carpiquet, quittent la Rue Caponière pour emménager dans leur Bibliothèque actuelle.
 

Situation de l'ancienne bibliothèque et destructions

Reconstitution des collections 

Inauguration en 1957


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Dernière modification : 21 décembre 2016



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